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le réel
et le possible

exposition à la Médiathèque
du 18 septembre au 08 novembre 2014

avec des films de Harun Farocki, Alberto Grifi, Johan Grimonprez, Clarisse Hahn, René Pulfer, Carole Roussopoulos, Axel Salvatori-Sinz, Andrei Ujica (avec Harun Farocki)

projections au cinéma Spoutnik
le 01 novembre 2014
18h30 - Harun Farocki et Andrei Ujica, Videogramme einer Revolution, 1992
20h30 - Corneliu Porumboiu, Al doilea joc [Match retour], 2014



L’image tremble, les couleurs sont passées; la scène et le moment toutefois se dévoilent, tangibles:

la répétition n’est pas le retour de l’identique, le même en tant que tel qui revient. La force et la grâce de la répétition, la nouveauté qu’elle apporte, c’est le retour en possibilité de ce qui a été. La répétition restitue la possibilité de ce qui a été, le rend à nouveau possible…

Copié et archivé sur une bande d’un format obsolète, transféré d’un support à un autre, l’enregistrement vidéo restitue les paroles que le philosophe Giorgio Agamben prononce en 1995 lors d’une conférence consacrée au cinéma de Guy Debord (1), dont les films sont également visibles – après de difficiles tractations – lors de la 6e Semaine Internationale de la Vidéo ("Biennale de l’Image en Mouvement" dès 1999). Intitulée Visions du monde, cette édition se fonde sur le constat que les images "font désormais partie d’une réalité commune, partagée ou appropriée", significativement reconfigurée par les réseaux informatiques et les nouvelles technologies. Elle rassemble des œuvres qui déploient "un regard sur le monde actuel", renouant avec des problématiques politiques et marquant ainsi un changement par rapport aux thèmes, essentiellement formels, abordés lors des précédentes biennales organisées par le Centre pour l’Image Contemporaine (CIC), Saint-Gervais, Genève.








 

Partant de la matérialité et des spécificités de l’enregistrement de cette conférence trouvé dans la collection de l’ancien CIC, dans laquelle archives institutionnelles de ce type et œuvres d’art partagent le même support, le réel et le possible problématise la fonction archivante de la vidéo et la notion de documentation. Le programme s’intéresse à la reprise d’un document, inséré dans un nouveau milieu, pris dans la logique de la répétition – en écho aux réflexions sur le montage développées par Agamben dans cette conférence, qui souligne le pouvoir du cinéma d’ouvrir une zone d’indécidabilité entre le réel et le possible, de transformer le réel en possible, et le possible en réel.

De premières expérimentations avec la vidéo reliant pratiques artistiques et politiques au début des années 1970 en Europe jusqu’à la situation contemporaine au Proche-Orient, le programme examine le processus de documentation: les relations entre caméra et événement, les passages de l’événement filmé à l’événement filmique, mais aussi les ressorts esthétiques de ce processus, ou encore la subversion de ses dispositifs de captation et d’enregistrement. Il s’intéresse au montage qui permet de convoquer le document pour le soumettre à un nouvel examen critique et réflexif. Les enjeux tournent ici autour d’une certaine prise de pouvoir – appropriation ou réappropriation – eût-elle lieu à travers la captation même, à travers le détournement d’un format spécifique ou par la création de nouvelles associations inédites (accordant notamment un rôle essentiel à la dimension sonore). Le corps – le corps en action, prenant la parole, filmé ou filmant, le corps de l’auteur – est au centre de l’attention ou du mode opératoire: caméra et montage permettent de rendre sensibles des vues subjectives et de recomposer des matériaux existants pour contester les représentations dominantes et donner forme à des histoires alternatives.

La popularisation, la diffusion massive des moyens d’enregistrement a contribué à l’émergence d’une multitude de points de vue, modifiant la perception de la réalité, de l’événement, des histoires en cours. Au début des années 1990, l’intuition d’un glissement significatif entre histoire et film est ainsi formulée dans Videogramme einer Revolution (de Harun Farocki et Andrei Ujica, diffusé le 1er novembre au cinéma Spoutnik et sur moniteur pendant toute la durée de l’exposition à la Médiathèque): "Nous regardons, et sommes obligés de penser:
si le film est possible, alors l’histoire est également possible". L’expérience historique se fait par l’image; les images sont elles-mêmes chargées d’histoire.

"Il ne s’agit pas de montrer que le cinéma parle de son temps. Il s’agit d’établir que le cinéma fait monde, qu’il aurait dû faire monde. L’histoire du cinéma est celle d’une puissance de faire son histoire." (2)


commissaires: Emilie Bujès,
Raphaël Cuomo et Maria Iorio



légendes
en haut: extrait de Harun Farocki et Andrei Ujica,
Videogramme einer Revolution, 1992
en bas: still from Axel Salvatori-Sinz, Cher Hassan, 2014


notes
1. La copie de l’enregistrement de la conférence est disponible à la Médiathèque, référence AGA002-XCF.
Le texte de la conférence a été publié ultérieurement dans Giorgio Agamben, "Le cinéma de Guy Debord", 1995, in Image et mémoire, Hoëbeke. Paris, Arts & Esthétique, No. 14, pages 65-76, 1998
2.
Jacques Rancière, "La phrase, l’image, l’histoire", in Le destin des images, La Fabrique éditions, 2003