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Rivedersi diversi

exposition à la Médiathèque
du 9 octobre 2015 au 19 décembre 2015

vernissage le 8 octobre à 18h
introduction de Annamaria Licciardello

avec des vidéos de Alberto Grifi
(
en collaboration avec Paola Pannicelli et Massimo Sarchielli), Bill Viola

projection de La prima volta che Zavattini provò ad usare un videotape (v.o. sous-titrée en français) à 11h30, 13h, 14h30, 16h


ce programme est réalisé en collaboration avec:
Associazione Culturale Alberto Grifi,
Centro Sperimentale di Cinematografia – Cineteca Nazionale



 

(Se) Revoir, repenser, re-contextualiser sont les actions mises en jeu dans ce programme qui reconsidère un aspect spécifique, historique, de la vidéo: le feedback, c’est à dire la possibilité de revoir le matériau filmé immédiatement après son enregistrement. Cette possibilité, impensable avec la pellicule, a conféré à la vidéo une dimension réflexive et d’investigation nouvelle, révolutionnaire, qui a enthousiasmé certains de ses premiers expérimentateurs. En Italie en particulier, qui traverse dans les années 1970 une période d’intenses conflits politiques et sociaux, cet aspect a été approfondi et utilisé pour chercher à établir une relation différente (et subvertir le rapport de pouvoir) entre sujet filmé et filmant, ainsi qu’entre les temps de filmage et de visionnage.

Le feedback occupe notamment les réflexions de Cesare Zavattini* sur la vidéo alors émergeante, qui ont été enregistrées puis insérées par Alberto Grifi dans le montage de La prima volta che Zavattini provò ad usare un videotape, film inédit hors d’Italie qui constitue la partie centrale de ce programme. Les idées et les projets que le “vieux bonhomme” du néoréalisme, scénariste notamment de Ladri di biciclette et de Sciuscià de Vittorio De Sica, cherchait à mettre en œuvre dans son travail cinématographique – comme la recherche d’un nouveau rapport entre sujet filmé et filmant, le refus d’une certaine forme de fiction, ou encore le «pedinamento» comme proximité avec des sujets saisis dans leur immédiateté et dans la durée de leurs actions les plus quotidiennes – ont, semble-t-il, trouvé dans la vidéo leur moyen de prédilection. La simultanéité entre l’enregistrement des images et du son sur un unique support, la longue durée des prises de vues, ainsi que la quasi-impossibilité de montage (producteur de césures qui sont aussi parfois censure) sont saluées par Zavattini avec grand enthousiasme, mais sans naïveté, compte tenu des risques d’absorption ou de dissolution des potentialités révolutionnaires du nouveau moyen vidéo.

Ces séquences de l’entretien avec Zavattini, notations vidéo datant de 1974, intègrent le film d’Alberto Grifi de 1993 et agissent comme feedback, non pas sur un plan temporel d’immédiateté mais cette fois sur un plan de réflexion historique. Ce feedback ouvre un dialogue à distance non seulement entre l’auteur et Zavattini, mais aussi entre Grifi et sa propre pratique filmique au milieu des années 1970, moment où il abandonne son activité cinématographique après avoir réalisé le film Anna (co-réalisé avec Massimo Sarchielli, 1972-75) pour se consacrer à la vidéo afin de documenter les différents contextes de luttes et de révoltes qui s’intensifient à travers toute l’Italie. Dans cette dynamique entre passé et présent, Alberto Grifi met en jeu son propre corps, avec ironie et dérision. Ou encore: Grifi “fait corps” avec son propre passé, avec l’archive de ses images qu’il a méticuleusement et systématiquement conservées, matière vive à réactiver dans de nouveaux ensembles en lui donnant de nouvelles fonctions. Le travail que consacre Grifi à la restauration des bandes magnétiques des années 1970, terriblement détériorées au début des années 1990 déjà, au point d’en rendre le visionnement impossible, se situe dans cette perspective. Contribuer à faire revivre ces matériaux ne s’inscrit cependant pas dans une logique nostalgique, mais permet au contraire une ouverture, une participation, une compréhension critique du présent.

* Nous avons la vidéo… Nous sommes heureux, dirais-je, d’avoir à notre disposition un instrument avec lequel... tu parles et tu te vois dedans immédiatement. En somme, il ne peut pas y avoir de cinéma en action plus évolué que celui-là. Mais la question qui se pose, voilà... qui déplace le problème vers d’autres exigences... […] c’est: à quoi ça sert?


Commissaires: Annamaria Licciardello,
Maria Iorio et Raphaël Cuomo



légende
extraits de La prima volta che Zavattini provò ad usare un videotape (Alberto Grifi, 1974-1993)